Vos Eminences, chers frères en Christ,
Le Saint Synode Permanent a traité de manière exhaustive sur la question de l’Autocéphalie de l’Eglise d’Ukraine. Le résultat de toutes ces opinions, réflexions et discussion était le renvoi de cette question aux commissions synodales de notre Eglise, et plus précisément à la Commission des questions doctrinales et nomocanoniques et la Commission des relations Interorthodoxes et Interchrétiennes pour qu’elles fassent leurs propositions en commun au Saint Synode (cf. Communiqué de Presse du Synode Permanent de 7 mars 2019).

Dans ce but, toutes les lettres, ainsi que les textes relatifs reçus ont été transmis à ces deux commissions pour qu’ils soient pris en compte lors de l’examen de la question.

Des références à la question de l’Eglise d’Ukraine ont été aussi faites lors d’autres séances du Synode permanent.

i. Le 2 avril à l’occasion de la visite de la délégation du Patriarcat œcuménique à l’archevêché d’Athènes et de l’information à ce sujet, transmise aux membres du Saint Synode.
ii. Le 22 et le 23 mai, à l’occasion de la lettre de SE le métropolite Onoufrios, par laquelle il a invité l’Eglise de Grèce à participer à sa fête onomastique.
iii. le 27 juin et le 27 août, avec la lecture des lettres relatives de SE le métropolite de Cythère Séraphin.

Entretemps, le 13 août, le Secrétariat a reçu les conclusions de deux Commissions synodales (des questions Doctrinales et nomocanoniques et des relations Interorthodoxes et Interchrétiennes, et les propositions sous le titre ‘La question de la juridiction canonique de la sainte métropole de Kiev’ qui ont été lues lors de la session du Synode permanent du 28 août, sous la présence des présidents des deux commissions, le métropolite de Didymotique, Orestias et Soufli Damascène et de Démétrias Ignace.

La discussion sur la question d’Ukraine lors de la session du 28 août a duré environ 3 heures, et les deux Eminences et frères en Christ, les métropolites de Didymotique et de Démétrias ayant examiné en détails la question avec les autres membres des Commissions qui les entourent, ils ont répondu à toutes les questions posées par les membres du Saint Synode, dont chacun a exprimé sa position personnelle lors de la session.
Les conclusions des deux Commissions qui sont disponibles à qui veut les consulter, sont établies avec les positions principales nomocanoniques suivantes.

i. Le patriarcat œcuménique n’a jamais octroyé au Patriarcat de Moscou la juridiction de la métropole de Kiev. Il a octroyé avec l’acte de 1686 au patriarche de Moscou d’exercer la mission exarcale donnant, avec l’autorisation et la permission du Patriarcat œcuménique le droit d’ordonner et d’introniser la personne élue par le rassemblement des clercs et des laïcs comme métropolite de Kiev qui devait mentionner le nom du patriarche œcuménique (canon 120 de Carthage).

ii. Le Patriarcat œcuménique a le privilège d’appel (ekkléton), possible aussi auprès des prélats d’autres juridictions ecclésiales, au cas où le prélat faisant appel voudrait soumettre cette demande (can. 9, 17 du IVe Concile œcuménique).

iii. Le Patriarche œcuménique avait et a toujours le droit canonique et inviolable de prendre soin et d’aider les Eglises orthodoxes éprouvées et aussi les devoirs canoniques de prendre les initiatives nécessaires pour prévenir, anticiper ou même traiter toutes les menaces ou épreuves dangereuses de leurs corps ecclésiastique. D’ailleurs, l’histoire du Patriarcat œcuménique, tout au long de son histoire pendant les périodes de hauts et de bas constitue un témoignage de sa contribution généreuse et altruiste à toutes les Eglises éprouvées.

iv. Le Patriarcat œcuménique a le privilège canonique unique de proclamer l’autocéphalie des Eglises orthodoxes locales (Géorgie 1990, Tchéquie 1998, Pologne 1924, Grèce 1850, Serbie 1878, Roumanie 1885, Bulgarie 1945 etc.).

Malheureusement, le Patriarcat de Moscou n’a pas participé au Saint et Grand Synode de Crète en 2016 et ainsi il n’avait la possibilité de discuter de la question sur la proclamation de l’autocéphalie, perdant de cette façon l’occasion de se prononcer avec les autres Eglises sur l’octroi de l’autocéphalie.

v. Selon l’article 5 de la Constitution en vigueur ‘L’Eglise orthodoxe de Grèce reconnaît que sa tête est Jésus Christ et existe indissociablement liée au niveau doctrinal avec la Grande Eglise de Constantinople et avec chaque Eglise orthodoxe locale du Christ, observe strictement, comme elles, les saints canons apostoliques et synodaux, ainsi que la tradition sacrée. Elle est autocéphale et administrée par le Saint Synode, composé par les métropolites actuels et le Synode Permanent qui dérive de lui et est composé comme le prescrit La Charte Constitutionnelle de l’Eglise, en observant les ordres du Tome patriarcal du 29 juin 1850 et de l’acte synodal du 4 septembre 1928’.

Les conclusions communes des deux Commissions sont rédigées comme suit:
‘En tenant compte de tous les éléments précités concernant la question de l’autocéphalie de l’Eglise d’Ukraine du point de vue canonique, mais aussi juridique nous proposons pieusement qu’il n’y ait pas d’entraves pour reconnaître l’autocéphalie de l’Eglise d’Ukraine, et pour cela nous nous rallions absolument et en tant qu’Eglise de Grèce nous sommes d’accord avec les décisions du Patriarcat œcuménique’.

Après tout cela, comme il a été mentionné dans le communiqué de presse du 28 août, après une discussion exhaustive, le saint Synode Permanent a reconnu ‘au Patriarcat œcuménique le droit canonique d’octroyer l’autocéphalie, ainsi que le privilège du primat de l’Eglise de Grèce de traiter la question de la reconnaissance de l’Eglise d’Ukraine’.

Vos Eminences, chers frères en Christ,
Nous savons tous très bien que l’organisation administrative de l’Eglise déjà depuis les temps apostoliques avait comme but de sauvegarder l’unité de l’Eglise au niveau local, périphérique et œcuménique et de dissuader ou prévenir les tendances hérétiques ou schismatiques qui pouvaient menacer l’unité du corps ecclésial.

Nous savons tous très bien que l’organisation administrative de l’Eglise a toujours été liée indissociablement à l’institution synodale pour assurer constamment la succession apostolique de la foi et de l’ordre. D’ailleurs, les apôtres et ses successeurs, les évêques sont par excellence les porteurs du pouvoir transmis par le Christ et son souffle (emfisima) de garantir la validité de la divine Eucharistie dans chaque Eglise locale, ainsi que l’unité de toutes les Eglises locales dans la communion de la foi et le lien de l’amour.

Nous savons tous très bien que la diffusion du message de l’Evangile qui concerne le salut en Christ ‘à toutes les nations’ (Mth. 28, 18- 20) et ‘jusqu’aux extrémités de la terre’ (Act. 1, 7-8) a rendu nécessaire l’introduction de l’institution canonique de l’Autocéphalie par le Ier Concile œcuménique (325) à l’ensemble des éparchies romaines du monde gréco-romain pour le contrôle synodal de l’élection, d’ordination et du jugement de tous les évêques de chaque éparchie.

Nous savons tous très bien que certains abus flagrants commis par des métropolites ou même des synodes provinciaux ont suscité la levée de l’autocéphalie des métropolites et leur soumission à l’autorité exceptionnelle des exarques des diocèses romains ou des cinq patriarches à travers les décisions des Conciles œcuméniques.
Nous savons tous très bien que tous les peuples qui ont été convertis au christianisme par la mission byzantine (Géorgiens, Bulgares, Serbes etc.) exigeaient l’attribution par l’Eglise mère du patriarcat œcuménique de l’autocéphalie à leur Eglise afin de renforcer leur identité nationale.

Nous savons tous très bien que après la Reformation du XVIe s., les philosophes des Lumières ont mis en avant une idéologie sécularisée, nationale et étatique qui influença tous les Etats nouvellement établis des peuples orthodoxes libérés de l’occupation ottomane, exprimée par l’exigence inconsidérée de leur autocéphalie ecclésiale, abolissant ainsi leur soumission à la juridiction du Patriarcat œcuménique.

Nous savons tous très bien que le Patriarcat œcuménique octroyait toujours volontiers et généreusement l’autocéphalie de l’Eglise de chaque pays indépendant, à la condition qu’elle remplissait les conditions canoniques préalables, dans le but de répondre aux besoins pastoraux directs et impératifs dans des pays sécularisés orthodoxes, gouvernés par un pouvoir étatique autoritaire. En revanche, le Patriarcat œcuménique n’octroyait pas le statut de l’autocéphalie ecclésiale aux peuples orthodoxes qui n’avaient pas d’indépendance étatique.

Nous savons tous très bien que l’Eglise orthodoxe d’Ukraine a été soumise pendent plusieurs siècles à l’autorité dynastique, successivement, des royaumes de Pologne et de Grande Russie, en demeurant cependant toujours sous la juridiction ecclésiale canonique de l’Eglise mère, le Patriarcat œcuménique, étant donné qu’il n’était pas possible pour ces Etats de mettre en doute la juridiction du patriarcat œcuménique.
Nous savons tous très bien que le Patriarcat de Moscou désapprouve vivement comme un acte non conforme aux canons, l’initiative due du Patriarcat œcuménique en faveur de la réclamation de l’autocéphalie de l’Eglise d’Ukraine, comme si elle appartenait à la juridiction du patriarcat de Moscou.

Nous savons tous très bien que le Patriarcat œcuménique, étant l’Eglise mère pleine d’amour de la métropole de Kiev et toute l’Ukraine pendant un millénaire, non seulement n’a pas d’intérêts pour proclamer l’autocéphalie de l’Eglise d’Ukraine, mais qu’en plus, cela signifie que le Patriarcat renonce à sa juridiction ecclésiale pour que cette grande Eglise de 40 millions de fidèles orthodoxes intègre les Eglises orthodoxes autocéphales et se mettre en communion avec elles, développant ainsi en même temps de manière libre la diaconie pastorale du peuple pieux et éprouvé d’Ukraine, sans aucune intervention extérieure.

Nous savons tous très bien que la proclamation de l’Autocéphalie ecclésiale de l’Eglise d’Ukraine s’avérait bénéfique pour l’Eglise orthodoxe et très utile pour le renforcement des liens entre les deux Eglises autocéphales orthodoxes, de la Grande Russie et de l’Ukraine.

En ce sens, je propose la reconnaissance de la part de notre Eglise de l’Autocéphalie de l’Eglise orthodoxe de la république indépendante d’Ukraine.